IMPROVISATION
TEXTE SUR DEBUT IMPOSE
[La vieille bâtisse découpait l'horizon quand le crépuscule pointait... Laissée à l'abandon peut-être et surtout au fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la falaise.
D'aucuns disaient, qu'à la tombée de la nuit, l'on entendait des cris ou bien toutes sortes de musique inquiétante... Mais tous étaient bien ignorants... Moi, je savais..."]
Le fracas incessant qui rigolait en bas de la falaise, tout en la grignotant, rendait encore plus envoûtante la chanson de la mer. Quand arrivait la pleine lune, elle se mettait à chanter, et si elle était en colère, elle se mettait à crier. Des fois, elle montait sur ses mille chevaux d’écume dans une rage si terrifiante que la vieille masure, juchée sur ses épaules, tremblait de toutes ses pierres et émettait alors des sons si étranges qu’on aurait dit qu’elle égorgeait tous ceux qui auraient voulu s’approcher d’elle.
Les crêtes des vagues hurlantes, sous la lumière argentée, semblaient alors des monstres d’écume qui
partaient à l’assaut de la terre et de tous ceux qui auraient osé s’approcher de son rivage et voulu emprunter le chemin escarpé qui menait à la vieille maison qui semblait prête à s’écrouler
sous les rafales déferlantes.
Elle était furieuse comme une tigresse des ténèbres, intolérable comme le sirocco du désert, intraitable comme une maîtresse délaissée et si jamais on essayait de percer leur secret, alors elle
se mettait en tête de tuer tout ce qui venait les menacer. Animaux, plantes, hommes, tout ce qui voulait entraver sa liberté et découvrir le secret était dévoré et englouti à jamais par ses
flots.
Mais une fois le danger passé, quand un nouveau jour sur une aube dorée se levait, elle se mettait alors
de nouveau à fredonner et à ronronner. La vieille masure abandonnée semblait alors retrouver elle aussi une apparente tranquillité. On aurait dit que le calme dans ses entrailles était revenu et
qu’elle essayait
d’oublier que ses murs retenaient un terrible secret. Un étrange drame
s’y était déroulé et il ne fût jamais élucidé. La famille qui y vivait avait disparu un soir de tempête sans emporter aucune affaire et sans que leur
bateau n’ait quitté la crique. On les avait en vain recherchés, mais ils étaient restés introuvables. Des traces de sang avaient été relevées sur le
sol et les murs et des empreintes de pas ensanglantés se dirigeaient vers la porte. Et puis les pas s’arrêtaient brusquement. On avait fouillé la
demeure, la plage et les alentours mais en vain.
Parfois la nuit, s’élevait une cohorte de cris abominables, des plaintes, des sanglots et les pleurs d’un jeune enfant qu’on était
en train de torturer. Certaines nuits, un rire sadique, long et lugubre comme une nuit sans lune courait sans fin sur la lande. Lorsque s’égrenait et s’étirait ce rire, la mer se mettait à vibrer
et le clapotis des vagues venait frapper le rivage comme s’il entonnait un duo avec le rire macabre. Les murs de la maison semblaient eux aussi se mettre au diapason, ils se gonflaient sous la
respiration saccadée des âmes qui étaient en elle emprisonnées. La vieille masure était vivante mais pour capturer ses prisonniers, et continuer de se repaître de leurs âmes, elle avait eu besoin d’alliés. Alors, elle avait passé un pacte secret avec sa complice marine et le vagabond
sauvage des mers qui avait emporté les corps ensanglantés, les avaient noyés et avait ramené leurs âmes sur terre. Il les avait tous sauvagement assassinés, les avait donnés en pâture à la mer grondante et affamée et offert à la maison
vampire leurs âmes.
Mais aujourd’hui, les nuits sans lune, il venait se faire payer.
La vieille maison sous les coups endiablés ployait sous la douleur des rafales effrénées comme une vieille dame en peine et chaque fois qu’il disparaissait, on aurait dit qu’elle allait s’effondrer. La mer assassine quant à elle devenait rouge du sang de ses victimes et ses rouleaux venaient s’échouer dans une plainte horrible en se fracassant sur le sable glacé en hurlant de douleur.
Le rire endiablé, lui, semblait se délecter de voir ses complices réduites à sa merci et souffrir de son maléfique pouvoir mais bon, elles avaient signé et aujourd’hui c’est lui qui les faisait payer.
Une fois son tribu obtenu, le vagabond des mers repartait
sur l’écume des vagues vers l’au-delà des océans et lorsque le crépuscule pointait, la maison redevenait cette belle bâtisse illuminée par le couchant et la chanson marine redevenait un doux
murmure bercé par les vagues qui venaient langoureusement lécher le sable.
Battues et épuisées la mer et la maison assassines reprenaient leurs visages paisibles jusqu’à ce que vienne la prochaine échéance.
C’est ainsi que depuis des années, la belle demeure gardait ses prisonniers et son terrible secret qui grâce à sa complice marine ne serait jamais
découvert mais le prix à payer n’en était-il pas trop cher ?
Derniers Commentaires