Quand le cauchemar a 8
pattes
Mon grand frère avait une passion étrange, il aimait mettre les bébés serpents et les lézards dans des bouteilles plastiques, il les nourrissait avec sa chasse à la mouche mais des fois il les oubliait et on les retrouvait séchés dans leur pauvre bouteille !
Sa passion préférée allait vers les arachnides, je ne sais pas comment mais il faisait mais il leur parlait et les amadouait pour ne pas dire qu’il les apprivoisait !
Oui, il aimait les capturer et il les laissait courir dans sa main et sur son bras !
Nous habitions une maison où il y avait des arbres fruitiers et sur les poiriers on voyait des toiles avec ses locataires qui portaient une croix jaune sur le dos ! Moi juste de les voir je m’enfuyais mais lui, non !
Il n’avait pas une araignée au plafond mais il avait comment dire quelque chose en lui d’étrange et de pernicieux ! Il adorait faire peur alors quand ses pensionnaires étaient dociles, il s’amusait à prendre du fil à coudre et il attachait une de leur patte et il les promenait dans la maison comme de petits toutous en laisse ! Mais le pire était quand l’idée lui prenait d’arriver derrière nous en silence et il faisait descendre ses horribles créatures devant nos yeux alors que nous étions en train de dessiner ou d’écrire et nos hurlement le ravissaient !
Quand l’été venait, on aimait jouer au prisonnier. Dans le fond du jardin, il y avait une cabane qui servait de prison et il s’amusait quand j’étais prisonnière à balancer ses petites proies par-dessus la porte et il se régalait de mes cris et de mes pleurs !
Etrange grand frère !
Mais le pire est ce souvenir d’une nuit où je devais descendre aux toilettes et dormant au 2èm étage, je ne voulais pas réveiller toute la maisonnée alors, je suis descendue dans le noir en faisant bien attention de ne pas faire faire craquer les marches de l’escalier de bois !
Je me souviendrai toujours de cette nuit quand j’ai senti sous mon pied nu quelque chose qui a explosé sous la pression de mon pied et à toujours je garde en moi la sensation d’implosion de ce corps chaud et le liquide visqueux qui me collait à la plante des pieds !
Il y a peu il m’est arrivé une autre petite mésaventure avec cette drôle de bête. J’habite à la campagne et tout le monde sait qu’à l’automne, les araignées se réfugient dans les maisons. Un matin je prends mon blouson au porte-manteau, je le mets et je pars au boulot. A peine sortie de la maison, je sens quelque chose qui me chatouille dans le coup, instinctivement, j’ai eu un mouvement brusque de la main pour chasser cette sensation et quand j’ai vu la petite bête noire à courtes pattes, pas si petite que cela, tomber par terre, j’ai été prise de tremblements.
Autant vous dire que chaque matin depuis ce jour, je secoue mon blouson ou manteau et je retourne mes bottes avant de les enfiler !
J’adore aussi me promener dans les bois et quand c’est la saison des champignons quel dégoût quand une de ces toiles m’effleurent le visage, j’en ressens quelque chose d’indéfinissable mais une répulsion qui dépasse les mots. Et quand des fois le matin, je me réveille avec une rougeur sur le visage et un petit bouton bien dur,(on m’a toujours dit que c’était le résultat du piqûre d’araignée), rien que d’imaginer qu’une de ses bestioles ait pu se promener sur mon visage pendant que je dormais et bien j’en frisonne !
On dit que ce sont les seuls animaux terrestres qui n’ont pas évolué depuis la préhistoire ! Mais franchement leur vie n’a rien de ragoûtant, elles vivent dans le noir, dans des endroits aussi immondes que les fosses sceptiques, remontent par les éviers, les douches et rien que de les voir, mes poils se hérissent, et j’ai même de la répulsion à les tuer ! Quand je peux, je les aspire !
J’ai fait avec l’école la visite d’un insectarium et vu toutes sortes de mygales bien vivantes dans de petites cages qu’il ne fallait pas toucher et de voir leur mues et leur tête me faisait trembler. Les enfants se régalaient d’entendre les habitudes de ces araignées, comme la terrestre qui lorsqu’elle a repéré sa proie est capable de bondir sur elle à la vitesse de
120 km / H, celle des arbres qui est capable de sauter 100 fois sa hauteur et pour la souterraine, je me souviens plus les détails croustillants sauf il me semble qu’elle entend sa proie venir de très très loin !
J’ai voulu en prendre une en photo avec mon portable mais à l’ultime moment, elle s’est dressée sur ses pattes et j’en ai laissé tomber le téléphone. Bien sûr les enfants étaient morts de rire , par contre, j’ai accepté de caresser un serpent et de le prendre dans mes bras et là je les ai épatés (bon c’était Victor, le serpent fétiche de l’insectarium mais quand même) ! C’est difficilement imaginable mais je préfère 100 fois voir des serpents et des rats que cette ignoble créature.
Mon aversion pour cet animal me fait penser au livre de Georges Orwell « 1984 » écrit en
1950, il a très bien imaginé un monde totalitaire où sévissait la police de la pensée. Il disait que nous avions tous un animal pour lequel l’aversion était si forte qu’on pouvait nous rendre fou si on l’utilisait contre nous et ce n’est pas sa taille qui comptait car cela pouvait être une mouche, un vers, un insecte quelconque, un serpent…..mais que nous en avions tous un !
Il avait imaginé une société où des caméras supervisaient tout et quand les humains n’obéissaient plus on les emmenait pour les remettre sur les rails de la société et comme torture, on les affublait d’une cage grillagée qui épousait en partie la forme du visage avec à l’intérieur l’animal qu’ils haïssaient et on menaçait de les rendre fous s’ils ne voulaient pas rentrer dans le moule !
C’est clair, moi je connais mon animal-terreur !
Comment de ma peur des araignées, je suis arrivée à vous parler de la suppression de la liberté de pensée ? J’ai du remonter le fil d’Ariane de ma peur !
Voici pour terminer un petit dicton perso :
Araignée du matin : peau de chagrin,
Araignée du midi : voici les soucis
Araignée du soir : je broie du noir
Araignée à toute heure : pour moi,frayeur
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