T’avais qu’à pas y aller !
Chapitre 1
C’était un temps de disette Pas beaucoup d’argent et pas de boulot. L’ANPE, tous les jours,
Rien, les boîtes d’intérim pas mieux surtout quand tu débarques. Forcément les meilleures places, on les garde pour les habitués. Mais merde j’avais vraiment besoin de bosser. Tous les jours je me pointais, et je lui avais dit n’importe quoi en ce moment. Un jour je vois la fille gênée…. J’ai bien quelque chose mais… Votre CV ne passera pas !
Pas de problème je reviens
.
Un parking immense, on aurait pu faire atterrir un avion, des camions, une mini grue et tout là bas un entrepôt en tôle, on était au début au début du printemps. Y doit pas faire chaud la dedans Le chef m’avait dit au tel, le sac à main dans la voiture et prenez une blouse pour pas vous salir. J’angoissai quand même et plus je m’approchais, plus le bruit était infernal. J’ouvre une petite porte et j me suis crue dans un film de Chaplin. Un bruit à te réduire les tympans en marmelade, des machines diverses accolées les unes aux autres, des gens qui s’affairaient partout, des chaînes de tous les cotés, des sirènes, des alarmes, là-bas ça clignote rouge et des gens se crient dessus pour couvrir le vacarme des machines, on dirait des malades.
Elle m’avait prévenu, personne ne voulait y aller !
Un contremaître se pointe, il me voit, me serre la main, pas de passage dans le bureau, pas de vestiaire, directement au déroulage. Des machines en hauteur les unes à côté des autres. A chacune, un mec avec un casque sur la tête, et 2 ou 3 nanas à son service et à celui de la bête qui rugit sous les commandes des mâles et m’en fait trembler le corps. Au dessous, un tapis roulant ou il pleut des planches avec au de dessus te toi, la machine qui débite des morceaux d’arbre sous la flotte, pour couper c’est obligé, mais ça éclabousse, c’est froid, presque gluant, ça pue le bois mouillé. Des nanas qui à pleine brassées remplissent des charriots sans lever le nez, mais attention il faut trier : les pas belles, poubelles, les jaunes d’un coté, les plus blanches de l’autre et pas le temps de bien les regarder, il faut y aller à la louche mais t’as pas le droit à l’erreur et pas moyen de parler, la plupart ne te regardent même pas.
Le chef revient, il me change de tapis, les planches sont plus petites, le gars au dessus me crie que je ne vais pas assez vite et il fait tomber une deuxième pluie de planches alors que j’ai pas fait avancer le tapis et je me retrouve avec une montagne de planchettes qui pèse une tonne à déplacer et l’autre se marre.
Le chef revient, je sais même pas son nom, il me change encore de tapis, là c’est des tous petits machins mais qui tombent à une vitesse infernale et si tu vas pas assez vite, cela tombe du tapis et si tu les mets mal dans le putain de chariot parce que tu es allée trop vite, quand tu l’emmènes à la chaine suivante, tout se casse la figure et tu te retrouves à ramasser les planches par terre. Là t’as intérêt à te magner car les transpalettes te passent au ras des fesses et des mains aussi et ca klaxonne, ca te regarde de travers et le mec qui attend la livraison fait retentir une alarme et te menace du doigt car il est obligé d’arrêter sa chaine et re -enguelade.
Le midi, je suis vannée, sonnée, abrutie, j’ai mal à la tête, les doigts rougis par le froid.
Le chef se pointe « Cà va ? » Je le regarde en prenant mon regard le plus inexpressif que je sais faire, je hausse les épaules et je lui demande pourquoi il me change sans arrêt de place. Il me dit que j’ai l’air agile de mes mains et rapide alors il me teste.
Je remonte dans ma bagnole, c’est cela, vas-y teste-moi connard !
Je rentre chez moi, une heure pour manger avec les mômes, c’est la course. Le plus petit me dit
« Maman pourquoi tes mains sont toutes rouges ? Je lui réponds que j’ai fait un sale boulot, il me répond « T’as qu’à pas y ailler ! ». On était mercredi, je m’en
souviens. Je pense : « Ah oui et pour ton anniversaire, je vais revoir l’assistante sociale, ou tu préfères que j’achète ton cadeau chez Emmaüs ? »
CHAPITRE 2
Un café avalé sur le pouce, j’y retourne, le chef me dit suivez-moi. ; direction la lanterne rouge aperçue le matin. Je m’étais dit pourvu qu’il ne m’envoie pas là-bas, raté ma belle, tu n’y échapperas pas !
Une machine infernale, il faut alimenter les distributeurs de planchettes pour la première chaîne, d’elle dépendent toutes les autres, alors si tu arrêtes, pour un ennui quelconque, toutes les autres s’arrêtent et tu comptes les secondes car tous les yeux se braquent dans ta direction et le chef rapplique en une seconde. .A peine mis dans le distributeur, elles tombent sur la chaîne et défilent juste un mètre devant une espèce de Nana-chef avant d’être englouties par la gueule géante de l’avaleuse et à la vue de tous les machins qui s’agitent, tombent, trouent et agrafent, t’as pas le temps de bien voir mais t’y mettrais pas les doigts.
Noëlle, elle s’appelle. Tout un poème Noëlle et pas un cadeau, 45 ans à peu près, une gueule tellement grande qu’on l’entend dans le hangar même quand on n’est pas sur sa chaîne. Elle a mangé de l’usine depuis la primaire, cela se voit sur son visage. Des yeux qui te percent du regard, en guise de bonjour, une espèce de gueulante pour m’accueillir qui me scie les pattes sur place. Le chef m’a à la bonne pour me refiler cette place, pas de problème, il m’aime celui-là !
Il reste avec moi pour me montrer comment faire et surtout pour pas que je me sauve, il a trop peur de me perdre à peine arrivée. Il m’explique comment faire encore plus vite que vite, comment dès que la machine s’arrête pour panne quelques secondes, ne pas s’arrêter surtout, tu risquerais de te refroidir et les mains ne repartiraient pas. Alors on fait ce qu’il appelle des économies, on fait des petits tas d’avance et on en couvre sa tablette comme cela en cas de panne d’apprivoisement des fois que le chariot n’arriverait pas assez vite, ou que la meuf qui le pousse tombe ou le fait tomber.
Noëlle, je l’aime ! Elle aboie dès que cela ne va pas et cela ne va jamais en fait. Un des distributeurs se bloque car on en a deux chacune bien sûr, deux mains deux distris et en même temps que ses mains sur les distris s’activent, ses yeux surveillent les planches qui défilent si vite que j’en ai le tournis rien qu’en les regardant passer, pour voir si elles sont correctement tombées dans les encoches sinon la chaîne se bloque. Alors on dirait une énorme machine humaine, les mains d’un côté, les yeux de l’autre et quand ça coince, elle vole au secours des planches, les redressent avant qu’elles s’engouffrent dans la bouche armée de dents.
En cas de panne, elle bondit sur la machine, dessus, dessous, la tête à l’intérieur, un vrai mécano, une vraie pro Noëlle. Pas à dire j’en ai jamais vu, je ne croyais même pas que cela existait…
.Aie, aie, la chaîne s’arrête et j’en prends plein mon grade, elle me gueule dessus comme une malade pendant qu’elle enfourne les doigts dans la machine et tire comme une forcenée sur la planche bloquée, à cause de moi bien sûr, et hop la chaîne repart aussitôt, juste le temps de sortir les doigts et Noëlle sourit. Elle a gagné sur la machine. Cà, elle aime ça, être plus forte que la machine ! Personne n’est plus fort que Noëlle, c’est une chef Noëlle et elle l’est devenue à la sueur de son front.
Tout le monde la craint et personne ne veut bosser avec elle car elle n’aime personne. Les seules qu’elle aime ce sont ces copines là depuis aussi longtemps qu’elles en sont abruties et qu’elles mordent et aboient comme elle. On les reconnaît à cela ses cops et elles ont chacun un bout de chaîne à superviser et des nouvelles à écraser, à former pardon !
Le soir arrive vite, pas vu le temps passé, on a tellement bossé comme des malades qu’on s’est pas arrêté, d’ailleurs il n’y a pas de pause ici. Si tu veux pisser t’es obligé d’attendre de voir le chef qui arpente le hagard pour tout surveiller et de te faire remplacer. Alors tu évites
Le chef vient, « je vous garde, vous restez ? »…….. « A demain et pas en retard hein ? »
CHAPITRE 3
Je rentre à la maison, je mange et je vais me coucher, je rêve que des tonnes de planches me tombent dessus, que je suis avalée par une machine, que je tombe sur le tapis vers la grosse machine qui broie les écorces et toute la merde. Ils l’ont mise tout au bout mais quand elle se met en route le sol tremble. Cette après-midi, j’avais le chef à mes côtés et même qu’il m’aidait à charger les distributeurs quand je n’arrivais pas à suivre la cadence, quelle veine ! Les autres me regardaient méchant. Je l’ai regardé quand j’ai entendu le bruit du broyeur avec une question dans les yeux car je n’arrive pas à couvrir le bruit de la chaîne, il s’est penché et m’a hurlé dans les oreilles que c’était le rugissement des lions qui mangent ceux qui ne travaillent pas assez vite. Marrant le chef, Joël il s’appelle.
Je me réveille fatiguée, mal partout, je déjeune sans appétit et j’y vais à reculons. Tout le monde arrive en même temps et il n’y a pas de pointeuse, c’est Joël la pointeuse et quand il ouvre la petite porte, tout le monde se rue à son poste. Deux minutes après, les chaînes démarrent ! J’ai vite repéré, Le déroulage qui déshabille les troncs et les débite en planches ; la machine qui fabrique les têtes ; celle qui fait les fonds et entre les différents postes d’assemblage.
Il est malin le mec qui a inventé la chaîne de fabrication de cagettes, c’est sûr qu’il était sourd. J’ai appris que le bois c’est comme le cochon, dedans tout est bon !
Au fait, j’ai demandé au chef si on ne pouvait pas avoir un casque anti bruit, il m’a répondu qu’ici on ne fournissait que les bouteilles d’eau, je n’ai pas compris si c’était de l’humour mais j’ai vu des packs de bouteilles. J’en ai quand même prise une au passage.
Tout le monde a l’air de connaître son poste, alors pour ne pas rester conne, je retourne au déroulage. Pas le temps de me mettre au tapis, j’entends siffler, je me retourne comme les autres car ici un sifflement, c’est pire que le garde à vous, tout le monde dans la zone de l’ouïe se retourne. Le message était pour moi et le chef me fait signe vers Noëlle,
Non pas elle !
Eh si, pas de bonjour bien sûr, j’suis pas sa copine mais elle ne me mord pas d’entrée, pour une fois qu’il y en a une qui reste avec elle, on ne va pas l’égratigner tout de suite.
Elle a les cheveux noirs, des yeux bleus porcelaine, un regard d’acier et elle est bâtie comme un mec, que du muscle, y avait plus de place pour la cervelle ! Elle non plus, elle ne cause pas, elle fait des signes de tête et parle avec les yeux quand elle ne gueule pas. On ne parle pas dans cette boîte, idéal pour apprendre le langage des signes, parler avec les mains, comprendre avec les yeux les consignes, les ordres, les reproches et la haine, j’en ai appris des choses dans cette boîte, une vraie école pour abrutis de première.
Trois jours de boulot avec Noëlle, un vrai régal !
Le chef me convoque dans son cagibi. Vous revenez lundi ? La mort dans l’âme, un petit oui qui a du mal à sortir. Je vous ferai un contrat. Forcément plus d’intérim, moins de frais, que des contrats de 15 jours, renouvelés sans arrêt. Cela coûte moins cher et c’est plus pratique pour virer les gens !
Je deviens la coéquipière de Noëlle, je bosse comme une malade, je cours, je mets la gomme même le turbot, j’arrive même à voir un regard étonné dans ses yeux, je l’ai épaté ! Il vaut mieux ne pas se la mettre à dos, c’est cela que je me suis dit. Et je suis assez speed mais là je me suis surpassée. Tiens une petite visite du chef, il reste avec moi et me dit de bien regarder ce que fait Noëlle, j’ai un mauvais pressentiment, mes yeux interrogent ? Il me crie qu’elle va partir en vacances !!! Avec lui pour me seconder (car forcément il sait faire tous les postes le chef, sinon il ne serait pas chef), il me fait faire un essai sur son poste, je panique, j’ai peur mes mains se croisent, s’emmêlent, j’y arrive pas, je bloque la chaîne, Noëlle se marre, tiens elle sait rire ?
Il me regarde moins bien le chef il me fait signe que je suis nulle et un autre de reprendre ma place,
Ouf ! Mais le lendemain, il revient à la charge et je vois bien qu’il veut me refiler le poste mais moi, je ne veux pas, alors le soir, je vais le voir et je lui dis que j’ai des migraines
et que mes yeux ne peuvent pas suivre les planches qui défilent car cela me fait tourner la tête, et que je pourrai tomber, là je marque un point. Pas bon pour la boîte les accidents, déjà qu’ils
sont dans le collimateur de l’inspection du travail… Je vois bien qu’il ne croit pas mais j’ai peur pour mes mains, alors je mens et je ne lâche pas le morceau.
CHAPITRE 4
Le lundi, plus de Noëlle, je l’aperçois à un autre poste ou plutôt, je l’entends gueuler sur un petit jeune qui ne travaille pas assez vite. Et cela dure toute la matinée comme cela. On l’a envoyée pour remettre sur les rails, une équipe qui ne travaille pas assez vite. D’un seul coup, je vois passer un mec qui gueule, jette un truc et se casse, un nouveau et il n’a pas supporté le « cadeau ».
On m’a attribué un autre coéquipier qui prend sa place. C’est un apprenti chef celui-là, assez jeune très rapide, il a déjà de l’expérience ici, cela se voit, un regard noir, un tas d’os et de nerfs sur pattes et de la haine dans les yeux. Je l’ai surnommé le serpent car quand j’effleure son bras, promiscuité de la chaîne oblige parfois, je sens un espèce de courant glacial qui me traverse.
Cela ne passe pas du tout et c’est réciproque, il me fait chier me provoque, me cause mal, c’est un pur jus de macho, je le bafferai à longueur de journée. Je supporte le plus que je peux, j’essaie de me retenir de l’insulter mais on n’arrête pas de se prendre la tête.
Il me siffle, se barre le soir et me laisse le nettoyage de son morceau de chaîne et emmener ses poubelles et ça plombe une tonne des caisses de déchets de bois. Il me laisse démarrer toute seule le matin. Des fois il me fait signe de le remplacer et je le vois discuter et me narguer. Un jour je pète les plombs, il m’avait tellement énervé et poussé dans mes retranchements, j’en avais les larmes aux yeux et la colère au bord des lèvres. J’ai débarqué dans le cagibi du chef et pas eu besoin de jouer la comédie. Je lui ai dit que je partais et j’avais la voix qui tremblait, il m’a demandé la raison et je lui ai dit que c’était à cause de l’autre serpent venimeux qui me manquait de respect, me parlait comme à un chien et me laissait faire son boulot.
Il était déjà intervenu dans nos engueulades car même besoin de fric, il faut qu’on me respecte et ce n’est pas parce que je bosse en usine que je suis une merde. Quand je craquais et que je me mettais à gueuler, il rappliquait le chef car si je m’énervais il savait que c’était assez grave. Un soir, il l’avait obligé à revenir, à finir son boulot et à nettoyer sa merde et le serpent me haïssait, je le lisais dans ses yeux. Mais là je pouvais plus le supporter, alors Le chef me regarde, ferme la porte et me dit : « vous restez, c’est lui qui saute ». Je le regarde interloquée et lui dis, : « non je ne veux pas ».
Il me répond :
« vous avez besoin de bosser non ?, alors c’est moi qui décide. ».
J’ai mal dormi, ses yeux de serpents me poursuivaient. J’arrive, il pointe le bout de son museau de fouine, met en marche la chaîne alors que je n’étais pas prête, je lui balance ma poignée de planchettes et le chef se pointe. Pas un mot, il lui fait signe de partir à un autre poste, l’autre gueule, me regarde méchamment, le chef lui dit « c’est cela où tu vires ! » Plusieurs années d’ancienneté, l’autre m’a fusillée du regard, un ennemi ! J’espère que je ne le croiserai pas ailleurs car si sa haine est aussi noire que celui de ses yeux, sale temps pour moi. Il me fait peur ce mec !
Nathalie arrive, je ne la connais pas Nathalie mais elle me fait la tronche parce qu’elle avait une planque et des copines et là un poste qui ne lui plaît pas, mais il plaît à personne alors, il faut bien des pigeons ! De petits contrats de 15 jours en 15 jours, les mois sont passés et c’est sûr plus les beaux jours arrivaient et plus on avait de boulot. Et forcément à force de faire des semaines à 58 H, c’est le max, en pleine bourre, les melons ça n’attend pas, on travaillait le samedi et même le 15 Aout et dans les coups de bourre on finissait à 20 H, si la chaîne était tombée en panne ! Forcément à ce tarif la d’heures, la paie tombait et on acceptait pour les tunes !
L’été arrive, le vendredi soir aussi, car chaque vendredi, c’était la loterie et la valse pour certains et certaines. On attendait devant le petit cagibi, chacun son tour, vous rentrez et le chef vous dit « signez » ou « renvoyé » ! J’ai vu des personnes se faire non -renouvellé sans s’y attendre. La femme d’un petit gars qui bossait à l’arrivage des troncs, j’ai bossé avec elle, trop bavarde Nadine, on ne parle pas ici, la langue embête les mains ! Virée !
Elle rigolait et disait qu’ici, on était mieux qu’aux melons parce qu’on y était à l’abri du soleil. Pas fait long feu Nadine même avec le mari dans la boîte, ils ne rigolent pas ici !
La fin de la saison arrive Octobre ! Depuis Mars j’avais tenu, j’étais épuisée et écœurée aussi mais les comptes avaient remonté, le banquier me foutait la paix et les mômes avaient un peu plus de liberté mais moi plus temps aucun pour eux ! On ne peut pas tout avoir et mon couple aussi avait morflé car à part bosser et dormir, plus le temps ni l’envie.
CHAPITRE 5
Ah, j’ai dormi tout l’hiver, une vraie marmotte, je soignais mes mains, je revivais un peu ou plutôt je récupérais. Le printemps arrive, la fin du chômage pas loin.
Dring, dring….. « Madame C…. Vous reprenez du service ? ». Putain, je l’avais oublié la S…. Ben oui, j’y retourne pour les tunes.
Deuxième année
Je suis arrivée sur le parking, je m’approche d’un groupe de nanas, les pures et dures dont Noëlle, elles se retournent, me toisent, bouches fermées, elles font celles qui ont vu une pauvre merde sur le trottoir, rien que du mépris voilà leur bonjour !
La saison s’annonce belle !
On recommence, au début pas beaucoup d’heures puis le quota monte et pas la paie, je vois les fiches de paie et j’ai les boules, on ne décolle pas du smic alors qu’on fait des heures à la pelle. Bureau du comptable, il n’y a pas un problème sur les payes ? « Ben non, cette année, on ne paie plus les heures sup, RTT ! » Comment cela RTTT ? Tu bosses sur la chaîne, toi l’expert de la calculette, le pauvre calculateur des planches qui tombent et nous meurtrissent les doigts ?
La grogne monte, forcément l’argent est une sacrée drogue pour les pauvres ! Et bien, rien à faire ! Cette année l’entreprise va mal alors aux grands maux, les grands remèdes !
De la main d’œuvre…J’en ai vu qui restaient une heure, une ½ journée, une semaine mais il y avait toujours des nouveaux. Le chef disait qu’il avait 150 CV sur son bureau (parce qu’il faut un CV pour bosser ici, je vous jure, et de l’expérience si possible). La meilleure marchandise humaine, les pauvres étudiants, dans la région, c’était ça ou les champs de melons en plein soleil. Alors ceux qui arrivaient à tenir le coup et ben, je peux vous dire qu’ils repartaient dans les amphis, plutôt motivés !
Bonne école la scierie. La S… Nouvelle qu’elle s’appelait !
Qu’est-ce que devait être l’ancienne ?
Vous bossez 58 h de juillet à fin Septembre et à l’automne, le matin, vous vous pointez, et on vous dit : demain vous restez chez vous pour 1/2/4/ jours. Même pas prévenus ; on n’a même pas le temps d’organiser notre vie, nos rendez-vous ! C’est cela leur RTT
Un sale boulot, une vie de chien, c’est pas beau la vie ?
Avec l’habitude, chaque matin on lit le menu : radis, fraises, salades, melons, pommes ! Les pros, les demi-chefs de chaînes te disent aujourd'hui c’est cool ou c’est la galère, elles savent cela au pifomètre, l’expérience, le feeling ! Elles connaissent le menu par cœur et savent même combien de milliers de cagettes il faut sortir avant d’être libérés. Car c’est cela en fait, il y a une commande et on la termine dans la journée, alors si il y a une panne sur un des postes, et bien on reste et tant pis pour tes mômes. Tu n’as même pas le temps de sortir téléphoner pour avertir. J’en ai flippé certains soirs d’être là jusqu’à 8 H à la place de 5, et les mômes à la maison. Je me faisais des cauchemars dans ma tête !.
Pourquoi, je suis revenue ? Pour les tunes, bien sûr mais jusqu’à quel prix payer sa vie ?
Toujours la chaîne de têtes, il m’avait adopté le chef !
C’était un gag de bosser sur des têtes dans une usine où la moitié n’ont pas toute leur cervelle et pas gagné le tiercé dans l’ordre à la naissance. Les pauvres, je ne me moque pas, je les plains !
Des fois un morceau de la chaîne s’arrête mais pas l’autre alors, les têtes continuent d’arriver à toute vitesse et sont expulsées par terre et une nana se met à la sortie et les jette sur le côté pour un faire un tas et des fois le tas devient une petite montagne (2/3 m de haut quand même si la panne dure. Comme cela quand la chaîne s’arrête, on ne se retrouve pas sans travail mais à 4 pattes à ramasser les têtes pour en faire des tas et les mettre sur des charriots, au cas où… Et, quand le chef vous fait signe en montrant sa tête, cela veut dire au ramassage et t’en ressors morte du dos. Et le soir avant de partir, il faut ramasser toutes les têtes et les passer manuellement sur la chaîne. C’est le signal de la fin de journée car on ne dit rien ici, même pas l’heure à laquelle on te libère ! Après, le ménage des machines, dedans, dessous à quatre pattes (ils aiment bien mettre les gens au ras du sol dans cette boîte, surtout les femmes) et après « Finie la journée ».
Il te reste juste la tienne à la maison !
A SUIVRE
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